Drift

Dans la forêt du Tessin, de plus en plus de palmiers occupent l’espace, transformant le sous-bois en un paysage hybride, entre exotisme et familiarité. Ces palmiers, les Trachycarpus fortunei, ont été introduits en Europe au milieu du 19e siècle et ont très vite été plantés dans de nombreux endroits pour des raisons esthétiques, devenant ainsi un symbole de la mondialisation botanique, ancrée dans le colonialisme et le productivisme occidentaux.
Yann Gross révèle leur présence dans les forêts de Suisse orientale grâce à un procédé d’imagerie multispectrale. Son travail montre un écosystème déséquilibré par l’arrivée d’une espèce exogène, qui a dépassé les limites de son utilisation ornementale pour occuper le territoire aux dépens des espèces indigènes. Drift met en évidence l’écart entre les promesses qui accompagnent ces transformations et les réalités qu’elles produisent. Le véritable palmier, au centre de l’installation, est un signe évident de ce paradoxe : il ne surprend personne, alors qu’il s’agit d’une espèce présente sur notre territoire depuis moins de 200 ans.
Le parc de Szilassy est lui-même imprégné de ces circulations du vivant héritées du 19e siècle. En effet, les jardins à l’anglaise apprécient particulièrement les essences dites remarquables. Plusieurs espèces extra-européennes sont rassemblées sur le domaine dans un but ornemental, comme le sequoia géant, la pruche du Canada ou le cèdre de l’Atlas, symboles des relations complexes entre les territoires du monde et des contradictions qu’elles peuvent engendrer.

